
Vous les avez surement croisé si vous vous êtes promenés à Paris du côté du centre Georges Pompidou, au capitole à Toulouse, ou encore dans d’autres endroits de passage dans des grandes villes de France. Armés de pancartes, ils arrêtent les passants et leur proposent une expérience un peu particulière: l’hypnose !
J’ai moi-même été l’un de ces hypnotiseurs de rue pendant plusieurs années. Aujourd’hui je n’ai plus trop l’envie ni le temps de pratiquer. J’ai pourtant passé des moments sympa avec mes amis et également des moins sympa. Dans cet article je vais vous livrer mon ressenti sur mon vécu de cette expérience.
Qu’est-ce que l’hypnose de rue ?
« Le but est de proposé une expérience d’hypnose à travers des tests et des phénomènes hypnotiques. »

L’hypnose de rue est une pratique qui date au moins de l’apparition de l’hypnose en France. Le concept est simple, proposer à des personnes, tout venant, d’essayer l’hypnose et la suggestion. Si vous tapez sur YouTube ou Google, vous trouverez des vidéos de plutôt bonne qualité de Dominique Webb en train de faire des séances d’hypnose dans la rue dans les années 70.
Dans les années 2010, cette pratique a été remise au gout du jour sous l’influence du street-magic. Le street-magic consiste à proposer des tours de magie dans la rue. C’est assez impressionnant ! S’inspirant de cette pratique, certains hypnotiseurs ont commencé à pratiquer la « Street-hypnosis« . Au départ c’est surtout dans le monde anglo-saxon puis plus tard grâce à internet et la diffusion de médias, partout dans le monde. En France, c’est surtout le travail de Jean-Emmanuel, qui a permis la diffusion de cette pratique. A travers ses vidéos et surtout son livre. Bien que ce ne soit pas le seul, la diffusion de son livre a permis a beaucoup de s’initier et de pratiquer l’hypnose de rue.
L’hypnose de rue est une hypnose simple. Le but est de proposer une expérience d’hypnose à travers des tests et des phénomènes hypnotiques. Elle ne demande pas de travail ou de compétences particulières. En ce sens, tout le monde pourrai pratiquer l’hypnose de rue. Je mets déjà un petit bémol ici que je développerai plus tard.
Une même pratique, différents courants
« On y trouve plusieurs personnes qui poursuivent différents buts à travers cette pratique. »

L’hypnose de rue n’est pas une pratique uniforme. On y trouve plusieurs personnes qui poursuivent différents buts à travers cette pratique. Par exemple, certaines personnes ont suivi des formations d’hypnose de rue, d’autres sont totalement autodidactes. D’après mes observations, on peut distinguer trois courants.
Un premier courant est plus celui des « showmen ». Ils pratiquent l’hypnose de rue dans le cadre de leur pratique du spectacle. A travers l’hypnose de rue, ils proposent des démonstrations publiques pour se faire connaître et trouver des clients pour leurs spectacles. Parfois, ils peuvent inclure des éléments de street-magic et de mentalisme dans leurs démonstrations.
Un second courant est celui des personnes plutôt dans le bien-être et la thérapie. Si l’hypnose de rue est également pour eux un moyen de se faire connaître, cet aspect est secondaire. Leur but est surtout d’affiner leurs techniques et de développer d’autres techniques qu’ils n’ont pas vu en formation d’hypnothérapie. Il y à aussi la dimension de partage du bien-être, de montrer aux gens qu’ils ont de ressources en eux.
Enfin le dernier courant, qui a pris beaucoup de place ces dernières années, est un mélange de curieux et de personnes en quête d’attention. Ils ont vu quelques vidéos sur internet ou ont assisté à des démonstrations. Ils voient alors en l’hypnose de rue un moyen de se mettre en avant et de faire des vues sur YouTube…
Réflexion et idée sur l’évolution
« C’est pourquoi je pense que tout le monde ne devrait pas hypnotiser dans la rue […] »

Pendant mes années de pratique, j’ai bien aimé rencontrer ces volontaires qui ont bien voulu se prêter au jeu avec moi, ainsi que toutes les amitiés que j’ai pu lier. Notamment avec mes amis de l’Association Parisienne d’Hypnose. En revanche, j’ai beaucoup moins apprécié les longs moments d’attentes pancarte en main en espérant qu’enfin une personne se décide à venir pour essayer. Un autre aspect que j’aime le moins est la prolifération des hypnotiseurs de rue.
En effet, quand j’ai commencé nous étions peut-être une trentaine de personne à pratiquer l’hypnose de rue sur Paris. Tout le monde se connaissait et, pratiquait l’hypnose avec éthique et soin. Petit à petit, le nombre a augmenté et malheureusement, des personnes moins bienveillantes ont commencé à s’incruster dans nos session. Mais cela n’est pas le pire.
Le pire pour moi, ce sont les personnes qui pratiquent l’hypnose de rue sans connaître l’hypnose. Il y a des prérequis, et des contre-indications que tout bon hypnotiseur doit savoir pour ne pas être un danger. C’est pourquoi je pense que tout le monde ne devrait pas hypnotiser dans la rue mais, seulement ceux qui ont intérêt réel pour l’apprentissage de l’hypnose et surtout un profond respect de l’humain.
Conclusion
J’ai reçu et je reçois encore beaucoup de messages de personne me demandant des les former à l’hypnose (parfois gratuitement…). La plupart du temps, je refuse, car je ne sais pas ce que les personnes feront de mon enseignement et, je me sentirai bien embêté d’apprendre qu’un de mes élèves a fait n’importe quoi avec l’hypnose. C’est pourquoi je trie méticuleusement les personnes à qui je montre l’hypnose.
L’hypnose est une belle pratique qui est peut-être amusante entre les mains de personne compétentes. Cependant, l’hypnose n’est pas un jeu ! Il faut être conscient des tenants et des aboutissants pour ne pas mettre la santé d’autrui en danger en jouant à l’apprenti sorcier.
Jordan Mézence
Praticien en hypnose
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